Anaïs Nin, liberté

Une chanson d’enfance qui me revient. Une chanson que je ne comprenais pas. Et puis, j’apprends plus tard qu’Anaïs Nin est une écrivaine. Je ne cherche pas plus loin.

Mars 2022, je suis au fond du trou, mais je tape du talon pour remonter, et ça commence par étancher ma soif de culture et de lecture. Je cherche les nouvelles sorties littéraires. Et je me dis que ce serait bien d’élargir mes lectures. Le roman graphique est un format qui me fait de l’oeil mais encore trop peu explorer. Quand on pense aux bd, on a lucky Luke, boule et Bill en tête. Hors il existe d’autres formats, graphismes et tons. Et je tombe sur Anaïs Nin sur la mer des mensonges de Léonie Bischoff.

Anaïs Nin La mer des mensonges de Léonie Bischoff

Les couleurs froides et pastels accrochent mon regard. Et puis les traits fins et anguleux de cette Anaïs. Surtout, l’envers d’elle même , son reflet libre, sensuel dans l’eau. Je m’identifie un peu. Qu’elle jeune femme ne le ferait pas ?

Je me dis que c’est l’occasion de découvrir l’histoire de cette autrice dont j’ai fredonné si souvent le nom sans connaître l’histoire.

L’oeuvre me bouleverse. Je me retrouve tant en Anaïs sur bien des points. Et puis le choc : l’inceste.

Je me demande ce qui relève du vrai ou de l’imaginaire de l’illustratrice. Pour vérifier, il me faut lire par moi même.

Vénus erotica

A vomir. La première histoire reprends des actes incestueux et pédophiles. J’ai la nausée rien qu’à lire.

La suite des histoires montre orgies sur orgies et, pourtant très ouverte et sexuelle, je n’en saisie pas l’intérêt.

Henry et June

Têtue, je ne lâche pas et j’attaque le journal Henry et June. La bd m’a éclairée sur les débuts, je passe les premiers carnets pour arriver dans le vif du triangle de désir et d’amour.

Et j’aime l’écriture d’Anaïs. Rien à voir avec l’oeuvre qui donnait la nausée. Ici j’aime, je lis, je parcours les lignes avec faim , curiosité et reconnaissance.

Quelles pensées fraîches et libres pour l’époque ! Merci Anaïs.

Quelques citations

 » J’aime aussi ses défauts. Par exemple, il est chicanier, avec un esprit de contradiction démoniaque. Mais cela compte t il puisque nous nous entendons si bien qu’il ne peut pas imaginer la moindre dispute sérieuse entre nous? »

Ceux qui connaissent mon conjoint, on est d’accord que j’aurais pu l’écrire cette phrase, non?

 » Il est plutôt calme, presque froid par moment. […] Je pense que j’enregistre de façon plus inconsciente, plus instinctive. »

 » Je suis consciente d’un paradoxe monstrueux : en me donnant, j’apprends à aimer Hugo d’avantage. En vivant comme je vis, je préserve notre amour de l’amertume et de la mort.

La vérité, c’est que c’est la seule façon dont je puisse vivre, dans deux directions à la fois. J’ai besoin de deux vies. Je suis double. Je reviens à Hugo le soir, quand je reviens à la paix et à la chaleur de notre foyer, j’éprouve un profond contentement, comme si c’était pour moi la seule manière de vivre. Je ramène à Hugo une femme entière, libérée de toutes les fièvres qui la « possédaient », une femme sans angoisse, débarrassée du poison de la curiosité qui menaçait sans cesse notre mariage, une femme guérie par l’action. Notre amour vit, parce que je vis. Le soutiens et je le nourris. Je lui suis loyale à ma façon, qui ne peut être la sienne. Si jamais il lit ces lignes, il doit me croire. Je les écris calmement, lucidement, tandis que j’attends son retour à la maison, comme on attend le retour de l’amant choisi, l’amant éternel. »

Et je m’identifie. Ne sachant si cela durera, je le suis pour autant dans l’instant.

 » Nous ne pouvons pas vivre l’un sans l’autre, nous ne supportons pas la discorde, la guerre, l’éloignement, nous ne pouvons pas nous promener l’un sans l’autre, nous n’aimons pas voyager séparément. Nous avons capitulé, malgré notre individualisme, notre répugnance à l’intimité, nous avons résorbé notre égocentrisme dans notre amour. Notre amour est notre ego.

Je ne pense pas que Henry et June y soient parvenus, car leurs deux personnalités sont trop fortes. Aussi sont ils en guerre ; leur amour est un conflit ; ils sont obligés de se mentir, de se tromper l’un l’autre. »

A méditer.

 » Je crois vraiment que si je n’avais pas été écrivain, si je n’avais pas ce besoin de créer, d’expérimenter, j’aurais pu être une femme fidèle. J’ai beaucoup de respect pour la fidélité. Mais mon tempérament obéit à l’écrivain, non à la femme. Un tel cloisonnement peut sembler enfantin, mais il est possible. Enlevez la force et le bouillonnement des idées, et vous obtenez une femme qui aime à la perfection. Et la fidélité compte parmi les perfections. Si elle me parait stupide et niaise aujourd’hui, c’est que j’ai des plans plus vastes. La perfection est statique, et je suis en pleine évolution. La femme fidèle n’est qu’une phase, qu’un moment, qu’une des métamorphoses, qu’une des conditions. »

3 réflexions sur “Anaïs Nin, liberté

    • laruchedemel dit :

      Effectivement je ne suis pas arrivée à bout de venus erotica. Je ne comprends pas du tout l engouement.
      Les journaux sont plus lisibles, plus agréables. Et à défaut, la bd de Léonie Bischoff est un régal. Contente d’avoir pu te donner envie de lire à nouveau du Nin

      Aimé par 1 personne

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