Vaut-il mieux être un wagon sur les r(/f)ail(le)s ou une locomotive qui déraille ?

Un article qu’un ami voulait écrire à 4 mains. Parce qu’il est débordé et que mon écrit sur le moment ne va peut être bientôt plus du tout correspondre avec ma pensée de l’instant, je publie le fruit de ma réflexion qui pourra être étoffée ou modifiée, par mes soins ou bien les siens… Un jour !

Quoi de plus normal de commencer cette exercice de l’esprit à bord d’un train blindé de voyageurs tous zazimuts, entre franciliens rejoignant leurs pénates, touristes à l’aventure dans les provinces françaises, étudiants de retour chez papa maman ou d’autres quidam comme moi, sans grand rituel de voyage? 

Me voilà, Mel, à chercher une réponse à une question issue d’un cours de philosophie de mon ami. Et cette question a fait mouche. 

Suis-je une locomotive ou un wagon ? Peut-on être un wagon qui déraille loin derrière là locomotive. La 3ème voie étant toujours la plus tentante dans un dilemme double. 

Un wagon sur les rails. 

Un wagon ne se décide pas. Ne décide pas. Ne prend pas d’initiative. Un wagon comporte beaucoup de voyageurs ou de marchandises. Un wagon ressemble souvent aux autres wagons de son train. 

Un wagon véhicule des contenus. 

Si je suis un wagon, c’est que je suis ( qui , quoi ? ) Que je n’ai pas d’initiative. Que j’ai beaucoup de bazar à l’ intérieur. Et que je ressemble au troupeau de ma génération. Métro boulot dodo avec une grande souffrance de crise existentielle permanente. 

J’ai toujours suivi l’avis de mon père. J’ai suivi la majorité. J’ai suivi la bienséance. J’ai suivi les codes sociaux. J’ai suivi les modes et les tendances sociétales et générationnelles. J’ai suivi le modèle qu’on avait bien tracé pour moi. Je me suis adaptée comme un bon petit  wagon qui s’adapte à ce qu’il transporte, strapontins, fenêtres et portes bagages amovibles. 

Et j’ai accepté des bagages qui n’étaient pas les miens pour rester sur les rails. Oui, un petit wagon empathe et constamment coupable d’ exister, ça accueille tous les passagers possibles, ça trimballe tous les bagages qu’on lui confie. Et comme la locomotive ne donne pas la destination, difficile de se départir de tous ces bagages en cours de route. Alors je suis un petit wagon à l’aube de sa trentaine, bien sur les rails comme il faut : bac+5, prof, pacsée avec des projets immobiliers et de bébés lointains comme le commun du commun de ce que la société, mes parents, mes amis et le monde peut attendre de moi, petite française sans histoire, fille unique forcément avec une tête et des chevilles comme une pastèque, égoïste et ne se posant pas plus de questions que cela. Un wagon qui avance dans le meilleur des mondes. 

Le wagon qui se rêve locomotive

Quand on atteint la destination préconçue et que la gare est fermée ? 

Lorsque le wagon ne peut pas décharger ses bagages et se sentir libre arrivé à la destination indiquée par la locomotive ?

Que se passe-t-il quand le wagon se rêve locomotive ? 

Heureux le petit wagon qui trouve sa place parmi les autres wagons. Ne se pose pas de question et reste sur les rails, bien calé entre ses compagnons wagons et sous la direction de la locomotive. 

Tourmenté, le petit wagon qui aimerait dérailler sans pouvoir. 

Rails, railles, failles… 

J’ai spontanément et grossièrement écrit railles, parce qu’en transparence, j’y ai lu les failles. Un wagon sur les failles de la locomotive. Un wagon qui suit, et essaie de ne pas glisser de côté sur un chemin qui n’est pas si facile qu’il y paraît. 

Un wagon que les autres wagons et la locomotive peuvent railler. 

Et la locomotive ? 

Une locomotive qui déraille. 

Une locomotive, ça avance, ça décide. Ça dirige. Ça avance. 

Une locomotive, c’est loco. Une locomotive ça motive. 

Dans le nom tout porte à croire que ça ne demande qu’à dérailler par la folie et l’audace. ( Loco / loca ) . Mais c’est en mouvement, ça donne l’ impulsion. C’est porteur. Et c’est beau. De se bouger, de mener, de porter. 

Je me suis sentie petit wagon impuissant qui accueille et se remplit comme une éponge de tout ce qui lui tombe dans le ventre. Et puis finalement, cette locomotive ne serait-elle pas aussi empathique que le wagon à vouloir traîner tout son monde ? 

Je me sens un peu wagon qui souhaite devenir une locomotive, et une locomotive qui s’accroche aux rails. 

Alors que vaut il mieux ? 

C’est rassurant d’être un wagon qui suit et se dédouane des erreurs et des accidents. C’est satisfaisant de prendre les décisions en étant une locomotive, peut importe que ça déraille ou pas. 

Mieux vaut juste pour la locomotive en déraillement de ne pas avoir trop de wagons à entraîner dans sa chute… 

Jasper 2015
Quelque part dans les rocheuses, 2015

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