A ventre ouvert d’Hélène Lly Article 1

Il s’en passe des choses lorsqu’on consulte différents thérapeutes. Et il y a certains gros mots qui sortent. Des mots dont on a pas idée qu’ils puissent faire partie de notre vécu. Des mots qu’on refuse. Et puis… On se rend à l’évidence.

J’ai ajouté certains hashtag à mon feed Instagram, pour me renseigner, m’informer, partager le vécu des autres. Il y a des sujets qu’il faut traiter, mettre sur la table, dont il faut parler. Il y a des choses qui nous touche, ou pas, mais nous concernent néanmoins tous en tant qu’être humains.

Je tombe sur le compte « aventreouvert » qui partage 2 publications qui me marquent :

la première :

 » Le climat incestuel : Qu’est-ce que c’est? C’est le psychanalyste Racamier qui théorise la notion d’incestuel à la fin du XXème siècle. C’est une situation relationnelle que l’on retrouve très souvent en arrière-plan des situations d’inceste, mais, il peut y avoir inceste sans climat incestuel et climat incestuel sans inceste. L’incestuel se distingue de l’inceste par une absence de passage à l’acte incestueux. C’est un mode de fonctionnement particulier entre les individus d’une même famille, qui « porte l’empreinte de l’inceste », mais sans passer véritablement à l’acte. Le Le climat incestuel est ambivalent et malsain. Il interdit les distinctions individuelles au sein des membres de la famille et génère une grande confusion. Il y a confusion des individus mais aussi confusion des générations. Du fait de cette confusion, la violence est très difficile à percevoir et nommer. Le parent n’est pas toujours conscient des dysfonctionnements qui existent au sein de la famille. […] c’est une effraction de l’adulte dans le psychisme et l’intimité de l’enfant. Un climat incestuel, c’est : embrasser son enfant sur la bouche, dormir ou prendre le bain avec lui, ne pas fermer la porte de la salle de bain ou des toilettes, des regards et/ou des gestes déplacés, la nudité, des allusions ou blagues sexuelles, l’exposition à toutes les discussions entre adultes et à la vie sexuelle des parents. Mais l’incestuel peut aussi s‘incarner autour d’actes vécus avec une charge d’excitation assimilable au sexuel à travers des objets de substitution (argent, nourriture, alcool…). Ce climat destructeur abîme l’enfant qui évolue sans repères, sans limites, à une place qui ne devrait pas être la sienne. Il n’y a pas de limite entre vie familiale et vie privée. Les frontières entre les êtres sont mal définies. Le parent s’approprie le corps de son enfant sans le différencier du sien, le voit non comme un sujet mais comme un prolongement de lui-même. L’enfant joue le rôle de parent, de thérapeute, de miroir. Il doit pallier le narcissisme défaillant du parent, répondre à ses désirs au détriment des siens, lui renvoyer une image idéale. Le parent projette sur lui ses peurs, ses angoisses, sa souffrance. Les enfants n’ayant pas d’autre modèle que celui de leur famille, ils pensent que ce climat est normal. […] De plus, l’exhibitionnisme, les intrusions corporelles justifiées par des soins … que l’on trouve très souvent dans ce type de climat constituent de véritables violences sexuelles.  »

Léger comme sujet, hein? Je sais, mais il faut en parler, merci à Hélène Lly de l’avoir fait !

La deuxième :

« Les violences sexuelles entre enfants minimisées ou non reconnues. Les victimes de violences sexuelles étant déjà très peu écoutées et protégées, elles le sont encore moins lorsque l’agresseur est mineur. Ces violences sont souvent considérés par les adultes comme de simples jeux entre enfants innocents n’ayant pas conscience de ce qu’ils font. Il y a violence dès lors qu’un écart d’âge, même faible, existe entre deux enfants, l’un ayant donc un ascendant sur l’autre. Il y a aussi violence quand l’un des enfants a subi des violences par le passé, un adulte ayant interféré dans sa sexualité ( et cela comprend l’exposition à la pornographie). Il y a violence de toute façon, dès que l’un des enfants a été perturbé ou traumatisé par l’événement. Pour les adultes, mais aussi regard de la loi, un agresseur de moins de 15 ans ne sera pas jugé responsable. D’une part, il peut très bien avoir conscience du mal qu’il cause. D’autre part, qu’il en ait ou non conscience, la souffrance de la victime est bien là. Parallèlement à l’absence de condamnation de l’agresseur par la justice et par son entourage, il y a absence de prise en compte de la victime et de sa souffrance. Pourtant, ces deux questions devraient être bien distinctes. Etre violé par un mineur ne cause pas moins de dégâts. Une comparaison : un enfant se retrouve avec une arme entre les mains et tire sur un autre enfant. Les dégâts pour la victime seront les mêmes, que le tir provienne d’un adulte ou d’un enfant. Ce n’est pas parce que l’enfant a moins conscience de ce qu’il fait, ou parce qu’il a utilisé l’arme d’un adulte qui n’est pas la sienne, que la victime sera moins blessée par le tir. Un mécanisme bien connu du traumatisme, notamment suite à des violences sexuelles, est la culpabilité. Imaginez le degré de culpabilité d’un enfant qui est victime d’un autre enfant. On lui dit qu’il n’y a pas de responsable, que rien de grave n’est arrivé. Il culpabilisera d’autant plus. La victime ne devrait avoir aucune responsabilité à porter. Et porter la responsabilité d’une souffrance et d’un traumatisme que tout le monde refuse sous prétexte que l’agresseur « ne pensait pas à mal » est déjà trop lourd. La souffrance d’une victime et son droit à une réparation ne devraient pas être mesurés en fonction de la culpabilité de l’agresseur. Qu’importe l’âge, la condition, l’intention de l’agresseur, la détresse de la victime est là. Le traumatisme est là. Et il est tout aussi légitime. Les violences sexuelles entre enfants ne sont pas des jeux. Ce sont des violences graves. »

ça n’arrive pas qu’aux autres …

Je n’ai pas été violée. Je ne crois pas. C’est difficile à entre 4 et 6 ans de savoir si un souvenir, d’un goût, d’une odeur, d’une sensation dans la bouche, d’une formulation, de se « forcer pour faire plaisir » sont réels ou des tours de la mémoire. C’est difficile de se rappeler l’âge de l’autre, qui n’avait peut être qu’un an de plus mais qui dans mon souvenir me paraissait si grand, si impressionnant. C’est difficile de se heurter à la réaction des adultes de l’époque. Ceux qui ne réagissent pas, ceux qui se fâchent, ceux qui disent qu’ils sont arrivés à temps, ceux qui minimisent.

Pourquoi, à 29 ans tout cela me revient sans prévenir, je ne le sais pas. C’est revenu et c’est comme ça. Comme m’est revenu un attouchement que j’ai occulté pendant environ 7 ans avant qu’il ne ressurgisse et cette fois, par un homme de 20 ans mon aîné. J’étais une jeune adulte, c’est complètement différent. Tout cela remonte. Tout cela a bien été enfouie, caché sous la carapace. Et ça ressors par une fissure sans prévenir. Il n’y a rien à comprendre, si ce n’est de comment avancer avec ça. Constater les mécanismes défectueux que cela a en partie installé chez moi.

Et ce n’est pas plus supportable quand ça arrive aux autres … C’est presque pire

 » Elle ne viendra pas à l’école aujourd’hui ». 2020, affaire d’inceste. J’ai les larmes aux yeux dans le bureau de ma directrice qui me dit que c’est le sort d’un pourcentage trop haut à mon goût d’élèves par classe. Quelques semaines plus tard, je fais ma première déposition dans un commissariat. J’ai des détails de l’avancement des choses. Et j’en pleure le weekend sur mon canapé. Et j’enrage de mon impuissance. Je m’en veux de ne pas avoir vu, ne pas avoir su, ne pas avoir entendu ou compris.

« Je ne veux pas aller chez Papi, il me chatouille, j’aime pas quand il me chatouille partout. » J’alerte. On me dit de patienter. J’alerte.

Je ne peux pas rester face à tout ça, impuissante. Je n’ai pas les épaules pour ça non plus.

Je t’invite, lecteur, à te faire ta propre idée et à acheter et lire le livre  » A ventre ouvert », soutenu par l’ACPE : Agir Contre la Prostitution des Enfants.

2 réflexions sur “A ventre ouvert d’Hélène Lly Article 1

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