Togo 7 – weekend de Pâques mouvementé dans le centre du pays

Avec les autres volontaires, nous décidons de profiter de ce week-end de trois jours pour nous aventurer un peu plus loin au centre du pays. Sur le papier, notre circuit semble sans obstacle.
Passage obligé par Lomé, pause à Notsé, Nuit à Atakpamé, halte à Badou, retour vers Kpalimé et le mont Agou et arrivée à la maison. Cela nous permettait de voir la chute d’Akloa, la plus grande du Togo, la ville touristique par excellence Kpalimé, et découvrir des paysages plus verts, le climat changeant au milieu du pays.
La réalisation est un peu plus chaotique.


Nous partons a un taxi et une moto. Les volontaires n’ayant pas demandé leur visas en France mais directement à l’aéroport doivent reconduire leur visa à l’Ambassade de France. J’en profite pour acheter une pommade antisceptique à la pharmacie. Je ne suis pas fragile, mais les plaies provoquées par les piqûres de moustiques sont rouges, chaudes, et jaunes au centre. je ne voudrais pas que cela s’aggrave.

Nous arrivons à Notsé pour le déjeuner. Le restaurant ne semble pas faire à manger. Nous achetons donc des brochettes sur le goudron. Reprise de la route en changeant encore une fois de taxi. Toujours aussi bondé avec une moyenne de 8 personnes par trajets. Direction Atakpamé. La route est terreuse, les nids de poule dans le goudron sont énormes, les passagers dans les taxis toujours trop nombreux. Les peaux collent les unes aux autres, les fesses sont crispées, les dos sont tordus. Mais nous nous accomodons de ce quotidien routier tous ensemble. L’arrivée à Atakpamé se fait peu après seize heures.

Cathédrale d’Atakpamé

Nous visitons la cathédrale d’Atakpamé. Elle est plus grande que toutes les églises et les mosquées du Togo visitées jusque là. La végétation est plus verte et plus dense dans cette partie un peu plus centrale du pays. Le village est mignon, et cette verdure donne une tout autre saveur au Togo. J’apprécie ce dépaysement dans le dépaysement. Une mise en abîme revigorante. Contre toute attente, nous trouvons un hôtel assez moderne en construction avec douches et toilettes européennes. C’est un pur bonheur et une nouvelle épreuve de confort, après la visite des hôtels tenus par des expatriés, le premier weekend à la capitale. Nous avons un grand lit pour trois. Soirée filles en perspective. Les filles décident d’aller sur le marché. Fatiguée de la route, j’en profite pour me relaxer dans cette chambre à moi seule pour quelques heures.


Le restaurant d’à côté, comme de nombreux « restaurants » au Togo propose des menus ou trop de plats sont indisponibles. L’enthousiasme à la rédaction ne reflétait pas la réalité des stocks et des moyens de conservation des denrées. Nous nous accommodons du poulet bicyclette et dinons presque dans le noir, nos assiettes illuminées par l’écran diffusant des clips africains. L’addition en fin de repas ne correspond pas du tout à notre repas. Les gérants ont «oubliés de nous prévenir» que si les plats du menu sont indisponibles, les prix sont eux aussi erronés. Ce week end est sous le signe des problèmes pécuniers.
En effet, ce matin, nous devons reprendre la route très tôt pour atteindre Badou assez tôt. Personne ne se tient à la réception. La réceptionniste est à la messe, nous sommes dimanche matin. Nous sommes tiraillés et ennuyés par cette situation improbable. Nous prenons la décision d’être honnête mais de s’en tenir à nos plans. Nous laissons donc une enveloppe sur le comptoir. Nous prévenons par texto de notre départ.
La légende ne nous dira pas si l’intendante c’est trompée dans la facture, si elle voulait se mettre un billet dans la poche ou si nous avions vraiment oublié 2000FCFA.


Le périple rencontre de nouveaux obstacles. Nous ne pouvons nous rendre jusqu’à Badou en taxi. Nous somme arrêtés dans une ville inconnue au pied des montagnes. Un village agité par le marché permanent, coincé à l’orée de la jungle luxuriante et au milieu de route serpentantes.
Nou sommes contraints de prendre un mini bus/Van chargé de plusieurs mètres sur le toit en bagage, poules et coqs. Deux heures de route très accidentée et de piste dans une montagne aux têtes d’épingles, tous entassés dans ce bus aux sièges durs.
Ce n’est pas ce que je retiens.
Mon souvenir est merveilleux. Les paysages me font rêver. Encore une fois, je n’en crois pas mes yeux. Je suis au beau milieu de mes romans, dans mes fantasmes sauvages.
Vue sur la jungle vallonnée. Une jungle aux grands arbres centenaires, où s’enlacent des lianes. Des boules de verdures sur des pans de pierre abrupts, formant un tapis verdoyant. Les singes se laissent entrevoir, s’imaginent. Je suis dans un monde parallèle. Avatar, Tarzan, les histoires imaginaires dans mon esprit, c’est véritablement l’idée que je m’en faisais et pourtant, c’est réel, sous mes yeux.


Arrivés à Badou, nous souhaitons rejoindre les plus grandes et les plus belles chutes du Togo. Et surtout manger. Or, aucun restaurant n’existe dans ce village. Sitôt descendus de notre van, un énorme orage éclate. En quelques fractions de seconde, nous voilà trempés. La terre rouge devient un amas de boue s’accrochant à nos chaussures. C’est une grosse mousson colérique, ornée d’éclairs illuminant la montagne. Les centimètres d’eau inondent les routes, s’épaississent en boue et agglomèrent la terre rougeâtre.
Cela donne une scène assez improbable : Quatre yovos sales, chargés de leurs sac à dos, en cercle au milieu d’un carrefour vide, sous la pluie, dans la mauvaise ville, ne sachant quoi faire. La pluie ruisselle sur nos peaux brûlées. Nous rions de ce moment surréaliste. Nous achetons une grosse grappe de petites bananes naines, du pain et de la vache qui rit chaude et nous pique-niquons sous la pluie comme si tout allait bien. Et tout va bien. Une enceinte grésillant crache du Barbelivien derrière nous pour donner encore plus de grotesque à la scène. Je pense fort à maman.

Un homme s’approche et nous assure posséder un hôtel. Avec cette météo peu clémente, le ralentissement du pays pour ce week-end de Pâques, nous acceptons de changer nos plans pour dormir à Badou et ne rejoindre Kpalimé que lundi. L’hôtel est propre avec une douche. L’eau est jaune, couleur urine pendant une infection urinaire. Elle sent l’essence. Nous apprenons que c’est le produit anti moustique de l’hotel. Flora et moi décidons de partir nous promener la pluie s’étant arrêtée. Nous discutons et nous rapprochons encore un peu plus. Les paysages qui s’offrent à nous sont superbes. C’est un rêve éveillé d’être dans le cœur des montagnes africaines, fournies d’une jungle verdoyante, où évoluent éperviers, vautours et buffles. Nous dinons laborieusement mais copieusement à l’hôtel devant la télé.
Nous nous endormons, repus et fourbus de ces événements.


Ce matin, nous partons pour une heure de moto sur une piste accidentée pour rejoindre Akloa. Akloa c’est un petit village om nous payons le droit de passage et un guide (dans notre cas et sans raison, deux guides) dès notre arrivée. Ils nous mènent à travers la jungle dans une ascension vers les fameuses chutes. Des serpents, des bananes, du cacao et des avocats ponctuent notre trajet. Les autres pensent avoir vu un singe, je reste persuadée que c’est un amas de feuilles. L’évolution dans la jungle immaculée pendant une bonne heure est assez physique, surtout pour moi, mon embonpoint et ma mauvaise respiration. Je suis motivée par les autres qui ne m’attendront pas. Je glisse malgré tout à plusieurs reprise dans les marches inhumaines tailladées rapidement dans la roche et sur les cailloux trempés à la traversée des cours d’eau. Mes dix tasses de thé du petit déjeuner sont largement transpirées.
J’arrive en haut. J’oublie tout.
La jungle tout autour de moi. Les lianes, les arbres entrelacés, la verdure à foison, les fleurs vives, la roche qui sort de terre, les fruits en tout genre, les papillons, les bruits d’animaux… et la chute d’eau vertigineuse rien que pour nous. Je m’attends presque à surprendre Tarzan et les gorilles entre deux branches. Je me sens proche de cette nature idyllique. J’oublie mes craintes et c’est pieds nus que je m’aventure dans l’eau marron opaque et pourtant semblant si pure. Je rencontre des textures gluantes, gonflées, j’hésite entre des feuilles imbibées d’eau, des algues, des serpents d’eau ou des poissons. Peut être un peu de tout. Je suis la seule à me jeter aussi naturellement sans chaussures. La chute est absolument impressionnante. Il faut lever la tête à se déboiter les cervicales pour en apercevoir le sommet. Nous sommes vraiment dans un petit écrin de jungle.
Nous nous délectons du calme, malgré le bruit assourdissant et la violence de la chute d’Akloa. C’est un retour aux sources. Nous pourrions être à l’âge de pierre, au Moyen-Âge ou en l’an 3000. Nous sommes figés dans le temps, dans l’éternelle nature, maîtresse des lieux. Ceci a duré des heures, il me semble que des jours se sont écoulés en une seconde.

Peu à peu, les locaux arrivent et sortent les pagnes, les Tam-tams et nous décidons de quitter ce petit paradis sur terre, la tranquillité n’étant plus.

Nous sommes dans notre bulle à réaliser le privilège que nous avons vécu. Quand la réalité nous rattrape. Le prix final de l’hôtel est plus cher que celui annoncé lorsque nous avons décidé de rester. L’une de nos amies n’a plus d’argent et nos économies pour le week-end commencent à fondre comme neige. Aucun taxi voiture ne part en ce jour saint et férié. La route que nous pensions emprunter pour regagner Kpalimé puis Assahoun afin de faire une boucle logique passe par le Ghana et nous est donc interdite. Obligation de simplement rebrousser chemin. Quelques Zems attendent sur le bord du goudron et acceptent de nous emmener vers la seule voiture partie quelques heures plus tôt. Course poursuite entre zems et voiture. Finalement, le conducteur est en famille dans un petit village perdu dans la montagne. Nous marchandons, comme toujours ici. Les conducteurs de moto , étrangement nous aident. Après une longue négociation, le conducteur quitte sa famille et nous emmène pour Lomé prétenduemment. Je suis surprise qu’il accepte un si long trajet pour si peu d’argent.
Et j’avais raison.
Finalement, il nous abandonne à Atapakmé, à un van qui nous demande 2500 euros par personne. Le conducteur de taxi ne leur a pas donné la part qu’il avait promis de partager avec le van. Nous n’avons pas assez d’argent sur nous, aucun distributeur en service en vue. Nous bluffons n’ayant d’autre choix que monter dans le minibus. Et c’est à nouveau des heures sur des sièges en bois au rythme cahotique des nids de poules que nous avançons vers Lomé.
La nuit qui tombe et l’appréhension du paiement. Le petit village où nous abandonnons quelques passagers, sans lumière dans la nuit profonde avec seules quelques bougies aux fenêtres.
Ma première colocataire me regarde : « C’est trop excitant! », presque euphorique de ce moment pour moi assez angoissant. Je propose d’attendre d’être sur nos paillasses respectives avant de nous emballer. Au fond, je sais que nous allons rentrer, mais pas encore quand. Un homme à côté entend l’échange de nos angoisses et nos calculs irréfutablement corrects : l’argent manque.
C’est comme cela qu’un togolais nous a donné 2000 FCFA pour mettre au bout de nos économies mutualisées et ainsi payer le van , le zem et le taxi jusqu’à Assahoun. Comme quoi, la générosité existe bel et bien. Elle existe partout. Elle n’a ni patrie, ni couleur. Nous pouvons enfin souffler un peu pour la fin de ce long trajet. Nous arrivons à sept heures de taxis et de péripéties.
Nous descendons à Lomé. Nous avions téléphoné dans le van à l’un de nos amis de l’association, mort d’inquiétude. Les Yovos n’ont pas le droit de circuler la nuit à Lomé , c’est risqué, surtout à l’approche des élections présidentielles. Nous sommes proches des 21h, déjà 4 heures que la nuit est tombée, et sans accompagnateur. On doit nous envoyer un taxi connu personnellement de l’association afin d’avoir un retour calme et sûr. L’attente du taxi dure plus d’une heure. Epuisés, nous avons finalement décidé de rentrer par nos propres moyens. Nous trouvons un taxi déjà bien chargé qui nous accepte cependant.

A quelques kilomètres de notre but, un policier nous arrête et gronde le conducteur. Il exagère d’avoir mis un passager dans le coffre. Cela aurait pu tourner très mal. Exténuée, l’une de mes colocataires lui explique que nous sommes bientôt arrivés. Cela suffit pour que le conducteur n’ai pas plus d’ennuis et que nous reprenions notre route.
C’est enfin le moment où nous arrivons à la maison, heureuses d’être enfin à bon port. Ceux à moto ne sont pas au bout de leurs ennuis. La moto a crevé. La nuit et l’orage sont tombés. Ils ont marché jusqu’à Notsé. Ils passent la nuit à Notsé.

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