Premiers pas, se chercher … Au Togo

Récits de voyages rédigés sur la base des notes et mails envoyés en temps réel à l’époque.

Togo, séjour de 3 mois en 2015 pour un stage de fin d’étude.

Après avoir passé le contrôle médical, récupéré tant bien que mal ma valise et mon sac à dos, attendu pendant une heure et demi, seule dans l’aéroport aux allures de galerie marchande désaffectée, je sors enfin et je me retrouve face au Togo.

Le soleil est en train de se lever et découvre le sable rouge qui entoure l’aéroport, comme ci ce dernier avait été posé là par hasard. Et pourtant nous sommes à la capitale. Mais les motes de terre qui recouvrent les routes, les rares habitations délabrées et le taximan qui urine à côté de moi me laissent pourtant à penser que je me trouve plutôt dans un coin reculé. En route sur le Zem. Le Zemidjan, taxi moto. Je me plonge totalement dans l’atmosphère togolaise.


Les cheveux au vent sous les rayons du soleil qui pointent à chevaucher une mobilette et les yeux écarquillés pour ne rien manquer du spectacle autour de moi, je me lance à la rencontre du Togo et des trois prochains mois de ma vie sur cette terre que je ne connais pas. Si la première impression est la bonne, le Togo et l’Afrique me paraissent merveilleux. Je me sens happée par cette terre qui n’est pas (encore) la mienne.
Ainsi, je traverse les rues enterrées longées par des habitations simples et rudes, devant lesquelles divers stands de fruits et objets en tout genre se dressent. Il est 6h et déjà la ville s’active. Les enfants courent après des roues de vélos et les poussent avec des batons, les femmes se déplacent avec des bassines et des sacs sur la tête, leurs bébés dans le dos, les plus grands vagabondant loin devant ou derrière elles. Tout va vite pour moi lorsque leur vie avance lentement.
Au feu rouge, c’est une vingtaine de zems et d’autres motos qui me tiennent compagnie. On tourne. Le code de la route Togolais n’est qu’une vague suggestion pour ces conducteurs de motos en tongs et aux têtes nues. Arrivée à la station de taxi, j’entame mon premier voyage à sept personnes dans une voiture de cinq et ne peux m’empêcher de réprimer un sourire.

Je me crois dans un rêve éveillé. Je me sens terriblement vivante et curieuse de la suite des événements ici. Tout me semble possible. J’ai envie de m’imprégner de cette terre, de ce pays et ses habitants. J’ai envie d’évoluer dans cet univers que je ne connais pas et apprendre à en faire partie. Moins d’une heure et déjà, le Togo ne cesse de me surprendre.


Je découvre avec stupeur la conception des villes, des maisons et des petits commerces désorganisés le long de la route, l’unique route et plus loin, des maisons et des abris en palmiers.
La maison qui va m’accueillir est différente. Elle est grande, avec un premier étage habitable et une terrasse encore au dessus puis le toit plat en béton. La vue sur la campagne togolaise est imprenable.
L’espace commun de vie est ouvert. En France, ce serait plutôt considéré comme une cour intérieure à demi couverte. Ici, c’est la cuisine. Elle dispose d’un évier. J’apprendrais peu de temps après qu’il n’est relié à rien et donc simplement posé là, à titre décoratif. Un réchaud de fortune relié à une bouteille de gaz fait office de gazinière. A côté de la table et des bancs en bois se trouve un réservoir, et à côté, un deuxième puit. Derrière la porte d’entrée, il y a un frigo. Dont la porte reste constamment ouverte car il n’est pas en état de fonctionner. La vaisselle est entassée à côté de l’évier, à l’air libre, dans des paniers ou à même le sol en ciment. Les photos ne m’avaient pas aidées à visualiser le mode de vie ici.
Je m’installe dans ma chambre. Une pièce vide, sans meubles, avec en tout et pour tout deux mousses de l’épaisseur d’une phalange, sous deux moustiquaires usées et tâchées, accrochées à des cordes clouées aléatoirement dans les murs. Un ventilateur cassé trône au milieu de cete pièce qui sera ma chambre. Mon cocon, mon havre de paix sera bien vide et ne contiendra que le minimum. Bientôt, j’aurais une colocataire dans ce petit espace. Je profite donc des quelques jours et quelques nuits seule pour prendre mes repères et souffler.
Car le choc culturel, bien que magique, s’annonce violent.

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J’apprécie l’accueil chaleureux qui m’a été réservé, les accolades, les sourires et les inquiétudes.

Aujourd’hui, c’est la fête Vaudou au village. Personne ne sait conduire la moto parmi les personnes de l’association présentes. Nous cheminerons donc jusqu’au village. Nous passons devant le Directeur, Papa, ancien directeur de l’école. Il vit avec sa femme, Mama, ses trois filles et deux petites filles.
Le directeur m’impressionne et me fait forte impression. Il a les yeux voilés mais je sais qu’il me voit mieux que quiquonque autour de moi. Il a une voix douce et bienveillante. Nous sommes tous installés sous un grand arbre devant chez lui. Il est à même la terre, nous sommes assis sur des bancs en bois.
Il appelle sa petite fille pour nous souhaiter la bienvenue en nous offrant, à 9h du matin, un shooter de Sodabi connu aussi sous le nom de Togogin prononcé togodine. Wow ! Quelle surprise! J’ai la sensation de boire de l’alcool à 90°. Je ne suis pas bien loin de la réalité, les expatriés estiment la Togodine à 70%. Et comme je suis nouvelle, on me sort la togodine pure et celle aromatisée au gingembre. J’ai le droit à plusieurs shooters au petit matin, après une nuit quasi blanche de trajet.

Nous sommes invités à rester pour le déjeuner. Fufu sauce pâte d’arachide au menu. C’est donc dès ma première journée que j’apprends à piler l’igname dans un énorme pilon en bois.
Ma copine de cuisine, une dizaine d’année m’apprends. Nous pilons ensemble et en choeur. Nous devons taper l’une après l’autre en nous répondant. C’est lourd, c’est fatiguant mais c’est aussi musical. J’aime le rythme produit par cette cuisine ancestrale toute nouvelle pour moi. Je suis impressionnée par ce corps tout jeune et tout fin qui arrive avec endurance à piler plus longtemps et plus fort que moi. Bam. Boum. Bam. Boum. Il ne faut pas perdre le rythme, et comme bientôt je ressentirai avec les tamtams, le rythme de la cuisine du fufu pénètrer en moi. Je ne veux pas arrêter, je suis absorbée à la tâche.

Nous sommes installés dans la cour arrière de la maison. Un « apatam » avec des branches de palmiers abrite le réchaud en argile. Les arbres offrent une ombre agréable, la verdure au fond du jardin parfait le cadre idyllique. Une chèvre est attachée à un poteau près de quelques grés en ciment posés là sans raison particulière. Les poules, les chats et Boro le chien gambadent en liberté autour de nous, volent quelques bout d’ignames éparpillés, montent parfois dans les gamelles d’où on les chasse sans grande conviction. On nous apporte une bassine d’eau. Je ne comprends pas tout de suite. Nous devons nous laver les mains. Et nous mangeons avec les doigts dans le même plat. Le fufu se présente comme une sorte de purée compacte baignant dans la sauce. C’est consistant et je suis calée en trois bouchées. La sauce arachide est délicieuse. Mes papilles sont en alerte. C’est comme un beurre de cacahuète plus doux et fort à la fois dans un plat entier.

Petit singe trouvé le jour de mon arrivée.

Déjà nous entendons les Tam-tams du village.

Nous cheminons pendant trois quarts d’heure sur la route de terre rouge longée par les hautes herbes, les baobabs et les palmiers. Des femmes tout de pagnes colorés vêtues cheminent à la file indienne avec du bois, des bassines et des sacs sur la tête. Les enfants jouent dans les cours sur le bord de la route et j’ai enfin le droit à mes premiers « Yovo! Yovo Bonsoir! Ça va bien? Oui Merci! ». C’est une comptine que les familles apprennent aux enfants. Les enfants ont l’air si purs, natures et heureux! Ils ont l’habitude de voir des blancs et pourtant, c’est toujours la même curiosité et le même enthousiasme.

Avant d’arriver au village, nous passons devant la case de santé, le chantier de la cantine et celui de l’orphelinat. Je regrette légèrement d’être sur un projet « périssable ». Mon projet est culturel, développer l’offre culturel sur le territoire par la création d’un « festival ». Pour entrer dans le village, il faut quitter la route rouge et cheminer entre les hautes herbes, passer devant « l’usine » à Togodine où de grands palmiers se dressent et d’autres sont couchés sur le sol. Et puis on devine des maisons en terre et en branches de palmiers, enfin.


Le choc est brutal.


Je ne m’attendais pas du tout à être confrontée à un village aussi primaire. L’émotion est forte. J’ai les larmes aux yeux. La terre battue. Des maisonnettes dans tous les sens petites et dénuées de meubles lorsqu’on observe à l’intérieur. Des apatams en branches de palmiers abritant les réchauds en argile pour cuisiner. Les chèvres, les poules et les enfants évoluent tous en liberté au même titre. Les femmes sont en pagnes, a demi-nues ou en vêtements européens détendus. J’ai l’impression d’être dans un épisode de «En terres inconnues».


J’arrive un jour de fête et la traversée ressemble à celle d’un village fantôme. Arrivée sous l’apatam de la fête en revanche, tout le village est réuni. Je vois le chef Vaudou de blanc vêtu et les adeptes autour, le visage peint. Une petite fille rasta danse. Une femme tombe en transe, elle est secouée de spasmes. Je suis figée, impressionnée par le pouvoir du Vaudou. Est ce possible ? Il se passe des choses sur cette terre que je n’aurais pu imaginer. J’aimerais tester cette pratique mystique.


J’ai encore un peu peur de mon intégration. Les gens me mettent à l’aise, ils sont curieux et viennent saluer la nouvelle Yovo (blanche). Moi, je suis à la fois timide et en représentation. Un large sourire, le plus sincère possible fend mon visage lorsqu’on me salue. Je ne veux pas déranger, je me sens presque de trop dans cette cérémonie qui m’est étrangère. Je suis heureuse d’être là mais mon propre corps m’encombre. J’espère avoir l’occasion de revenir à une autre cérémonie avec plus d’assurance. Me sentir légitime.

Je me couche ce soir là sur ma maigre paillasse, sous la moustiquaire, épuisée, éreintée, mais rêveuse et curieuse de ces trois mois à venir. Je suis fière de moi et je me sens merveilleusement bien.

3 réflexions sur “Premiers pas, se chercher … Au Togo

    • laruchedemel dit :

      C’est un voyage que j’ai effectué il y a quelques années et m’a chamboulée. Cela m’a pris du temps de remettre le nez dans mon carnet de bord, « anonymer », retravailler…. C’est un partage à la fois très intime et qui me tient à cœur. Votre premier commentaire me touche grandement, je suis contente de parvenir à vous faire voyager un peu avec moi à travers ce récit et mes mots. J’ai beaucoup d’émotions, dont la tendresse , la bienveillance et la joie que vous citez. Bonne lecture pour la suite de l’aventure , et merci d’avoir pris le temps de vous arrêtez sur mes articles et de les lire. Sincèrement.

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