Elle panique…. La maîtresse ne veux pas aller à l’école

Clip Olivia Ruiz « elle panique »

Avant toute chose, j’ai conscience de mon devoir de neutralité et cet article, n’engage que mon ressenti face à ma situation professionnelle qui pourrait être la même peu importe l’endroit. Ceci n’est en aucun cas une critique du système mais un constat de ma propre personne face au métier. Nuance qu’il me semblait importante de noter.

Aujourd’hui, c’est la rentrée des classes après les vacances scolaires. Aujourd’hui, je suis sensée retrouver mes bouts de choux, et être heureuse de baigner dans une effervescence enfantine, leur transmettre à travers les préparations dûment travaillées pendant les vacances.

Mais voilà, aujourd’hui, 3 janvier 2022. Après 2 ans et demi dans l’enseignement seulement. Après un arrêt maladie de deux jours pour crises d’angoisse et épuisement professionnel en octobre 2021, retour à la case départ. Après des bonheurs, des réussites, c’est fini. Je pleure, je souffre. Je sens un poids sur mes épaules trop lourd à porter.

J’ai essayé de me détendre, faire une coupure. J’ai quand même travaillé. Pas comme il faut, pas assez. J’ai essayé de ne pas penser à mes élèves, de ne pas parler de mon métier en réunions de famille. J’ai échoué.

Résultats des courses : ni reposée, ni prête. La boule au ventre. La peur de ne pas être à la hauteur. De ne pas être en mesure de répondre aux attentes de l’institution, ne pas remplir les devoirs de mon métier, ne pas faire face aux besoins des enfants, ne pas réussir à gérer les différents besoins d’un multi niveaux, des enfants si particuliers, sentir la situation m’échapper, le poids des regards et du mal être que je peux engendrer chez les adultes de la classe.

Je n’arrive pas. Je n’arrive plus. Je n’y arriverai pas. Être dans un inconfort et un mal être constant. Ne pas réussir à faire de coupure, respirer. garder toujours en tête jusqu’à en rêver les soucis de mes petits élèves. Les nuits et les weekend à rédiger, découper, plastifier. Les soirées à préparer et partir à la nuit tombée de l’école. Un travail qui ne s’arrête jamais. Jamais. Jusqu’à ce que je m’arrête de fonctionner.

Perfectionniste vs se préserver

L’impossible dilemme de donner le meilleur de soi, de préparer au mieux. De répondre aux attentes, parfois irréalisables, parfois floues, parfois juste en adéquation avec moi. Avoir en tête d’anticiper, préparer au maximum pour pouvoir équilibrer et souffler derrière.

Ce qui ne dépend pas de moi

  • Le triple niveaux que, clairement je n’arrive pas à gérer, tant dans le temps de préparation, que dans la division de ma personne et la diversité des besoins liés aux âges en plus de ceux propres à chacun.
  • Les enfants à besoins particuliers, des petits bouts en souffrance. Je n’ai pas été formée pour les soutenir comme il faut. Je n’ai pas les épaules.
  • L’évolution du métier, le décalage entre ma vision idéalisée de la transmission et la réalité du terrain, beaucoup plus difficile à vivre.
  • Le rapport d’inspection et les attentes.  » J’ai besoin d’aide pour gérer certaines situations du quotidien et poser le cadre.  »  » Rédigez mieux vos séances et ça ira. » Je grossis à peine… Je me sens incompétente, inadaptée et seule.
  • La situation sanitaire… Ai je besoin de préciser ?

Ce qui dépend de moi

  • Perfectionniste : enthousiaste, je veux faire au maximum pour les enfants, multiplier les projets, essayer de préparer comme on me l’a demandé, même si ça ne me parle pas. Jamais satisfaite de mon travail. Et j’y passe des heures, de l’argent. Pas de coupures. Même la nuit.
  • Hypersensibilité : tout me percute , me bouleverse. J’absorbe le mal être des enfants et des collègues comme une éponge. Je n’arrive pas à prendre du recul sur les reproches. Tout me submerge. Je suis épuisée.  » Arrêtez, la maîtresse est à bout. »
  • Mauvaise gestion du temps : incapacité à faire des coupures.
  • Ne sais pas dire non ni poser de limites, veux trop bien faire.

Constat de fin d’année

  • Perte de poids, malgré les fêtes, moins 5 kilos en 2 mois.
  • Démangeaisons, plaques et plaies sur le cuir chevelu. Cela commence sur les bras.
  • Maux d’estomac, nausées.
  • Larmes quotidiennes, crises d’angoisses accentuées les mercredis et dimanches soirs.
  • Épuisement et insomnies.
  • Difficultés à mener de front psychothérapie, travail. Sentiment de régression. Plus aucun effet des médicaments.
  • Petites idées noires : envie de me casser volontairement une jambe, me mettre dans le fossé pour avoir une bonne excuse de quitter toute cette pression et mettre pause.
  • Envie de m’isoler. Voir peu de monde, rester sous la couette.
  • J’ai une peur panique de parler de tout cela à mon médecin qui renouvelle sans trop de questions mes antidépresseurs et anxiolytiques depuis un an.

Devant ce listing de Constats et l’inquiétude de mes proches, je profite d’être prévenue tardivement un dimanche soir d’être cas contact pour annoncer que demain je ne serai pas là pour me faire tester, et officieusement, ajouter à mon programme une visite chez un psychiatre. En espérant que mon mal être sera, enfin compris et légitimé. Et percevoir des solutions et aides complémentaires pour travailler sur mon mal être, mon rapport au travail et aux choses. Avoir le temps de repos et recul nécessaire pour préparer au mieux la reprise… Ou la fuite en avant .

La fuite en avant

Mécanisme bien rodé depuis 10 ans, la psychothérapie m’apprend que ce n’est peut être pas la solution appropriée et pourtant elle est bien tentante. Il me faut du temps pour peser le pour et le contre. Lutter et changer ou embrasser pleinement ce mode de vie à coup de lubies et de changements tous les 3/5 ans. Aujourd’hui, c’est l’enseignement, demain ce sera peut être un autre domaine. Vivre avec une souffrance en latence.

Pourquoi rester

  • J’aime enseigner
  • Ma créativité est stimulée
  • Je ne m’ennuie pas dans ce métier
  • Fort en émotions
  • Stabilité financière

Pourquoi partir

  • Pression du service à la personne, côté humain
  • Évolution du métier, tâches qui se multiplient et si le cœur l’enseignement me plaît, les à côté m’angoissent
  • Sentiment d’incompétence, incapable
  • Pas la force ni les épaules émotionnellement
  • Incapacité à faire la coupure, métier prenant en temps, préparations, émotions, énergie

L’idéal

  • Un mi temps, dans l’enseignement pour partager la charge, la classe, les projets. Se soutenir et être sur un temps plus acceptable pour trouver un équilibre. Ou bien alimentaire, mais garder un pan de ma vie libre. Gagner le minimum pour vivre.
  • Une activité artistique à vendre, à mon image. Et d’autres activités de ventes en fonction de mes recherches. Être mon propre patron.
  • Devenir intervenante, prestataire dans un domaine artistique ou de la formation pour garder cette volonté de transmettre et partager, mais pas à temps plein.

J’aimerais appuyer sur « pause », refiler les responsabilités étouffantes un moment pour me retrouver, savoir qui je suis ce que j’attends. Ce que je suis prête à changer, sacrifier ou non. Me soigner. Car j’imagine que l’anxiété, l’angoisse et les souffrances que je subies et m’infligent relève forcément d’une quelconque pathologie. Et si ce n’est pas le cas, il faut tout de même du temps pour se relever. Et ma grosse hantise, c’est qu’on me renvoie illico presto au casse pipe, sans considération, sans ménagement.

Aujourd’hui, c’est la rentrée, mais super maîtresse ratée est aux abonnés absents. C’est dur à accepter. Dur à vivre. A voir ce que l’avenir réserve.

2 réflexions sur “Elle panique…. La maîtresse ne veux pas aller à l’école

  1. atelierduphoenix dit :

    J’aurai presque pu écrire cet article … je te comprends tout à fait pour avoir traversé des crises similaires depuis que j’ai commencé. On m’a « balancée » sur le terrain en tant que contractuelle sans aucune formation et même si je me suis vraiment bien amusée, je me suis aussi parfois épuisée (on m’avait donné un remplacement long de 4 mois en maternelle). Puis en septembre, j’ai été contractuelle du privé et là ça a été pire (longs trajets, préparations et corrections matins, midi et soir, payes minables et toujours en retard, contraintes sanitaires, incapacités de se couper en deux pour les doubles cycles…). Depuis que j’ai pris la décisions d’arrêter pour préparer le concours, je suis beaucoup plus détendue… j’ai un poste d’assistante d’éducation où je fais de l’aide aux devoirs et comme c’est un mi temps, je peux en parallèle faire toutes les activités créatrices que je veux … enfin je me sens bien !
    Merci d’avoir partager ta souffrance, je me sens moins seule …
    Belle journée

    Aimé par 1 personne

    • laruchedemel dit :

      Sincèrement, merci pour ce retour d’expérience, effectivement, on se sent moins seules et plus fortes à partager. Pour l’instant, je n’ai pas la force d’y retourner, j’ai plusieurs mois d’arrêts pour me reconstruire et réfléchir à un moyen alternatif de gagner ma vie. Ce qui m’interpelle dans ton témoignage, c’est le fait de passer tout de même le concours. En tout cas, j’aimerais me diriger vers un mi temps ou 3/4 temps, dans l’enseignement… ou ailleurs pour être en mesure de trouver l’équilibre et le soin de ma personne et ma créativité qui était en berne ces dernières années. Merci de me montrer que c’est possible de trouver des « formules » pour se sentir bien ! Merci d’avoir pris le temps de me lire. Merci tout simplement ❤

      Aimé par 1 personne

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